L’hiver apporte souvent son lot de défis psychologiques : jours plus courts, luminosité en baisse, tentation de rester chez soi, moindres occasions sociales… Pour certaines personnes, cela peut entraîner ce qu’on appelle le « blues hivernal » ou, dans les cas plus sévères, un trouble affectif saisonnier (TAS / SAD en anglais).

L’objectif de cet article est de donner des pistes concrètes — simples mais efficaces — pour traverser cette période avec plus de résilience.

Comprendre ce qui se passe

Avant d’aller dans les conseils, il est utile de savoir pourquoi on se sent souvent « plus lourd », plus fatigué ou moins motivé en hiver.

La lumière joue un rôle clé. En hiver, l’exposition à la lumière naturelle diminue fortement, ce qui perturbe nos rythmes circadiens (l’horloge biologique interne), les niveaux de mélatonine (l’hormone du sommeil) et de sérotonine (liée à l’humeur).

  • Le moindre mouvement : avec le froid et l’obscurité, on a tendance à sortir moins, se bouger moins, ce qui réduit les effets positifs de l’activité physique sur le moral.
  • Isolement social ou baisse des activités : les occasions de contact, de sortie, de stimulation extérieure peuvent fortement diminuer, favorisant le repli sur soi.
  • Le « syndrome saisonnier » : certaines personnes développent un véritable trouble affectif saisonnier, avec symptômes définis (fatigue marquée, humeur dépressive, appétit ou sommeil modifiés) pendant les mois sombres, puis remettant au printemps.

Comprendre cela, c’est déjà poser le cadre : ces difficultés ne sont pas « votre faiblesse », mais des réactions naturelles de votre corps à des contraintes saisonnières. Cela dit, ce n’est pas une fatalité non plus — il existe des stratégies solides pour les atténuer.

Stratégies concrètes pour mieux traverser l’hiver

Voici des pistes que chacun peut adapter selon ses capacités, sa réalité (contraintes de temps, espace, budget, météo). J’ai groupé les conseils en grandes thématiques.

Thème Stratégies Pourquoi & limite / nuance
La lumière — compenser ce qui manque – Utiliser une lampe de luminothérapie (environ 10 000 lux, 15 à 30 min le matin)

– Augmenter la luminosité à l’intérieur : fenêtres dégagées, rideaux clairs, ampoules « blanc neutre » ou « lumière du jour »
– Passer du temps à l’extérieur, dès que possible, même par temps couvert
– Planifier des activités en matinée (quand la lumière est encore présente) La luminothérapie est l’un des traitements non médicamenteux les plus prometteurs pour le TAS / SAD selon les méta-analyses (Harvard Health)

Cependant, tous les dispositifs ne se valent pas, et il faut veiller à respecter les consignes (distance, durée) pour limiter les effets secondaires (notamment des effets secondaires sur la vision et la fatigabilité visuelle)

L’exposition à la lumière naturelle, même diffuse, reste bénéfique (et gratuite) ; chaque moment compte
Enfin, ces stratégies ont souvent un effet modéré isolément, elles fonctionnent mieux en combinaison avec d’autres habitudes
Mobilité, activité physique et rythme de vie – Maintenir (ou instaurer) une routine quotidienne : heures régulières de lever/coucher, repas, pauses
– Bouger régulièrement : une marche quotidienne, du sport doux, même chez soi
– Éviter les siestes longues ou le « dormir plus pour compenser »
– Utiliser le principe des « petits pas » : fixer des micro-objectifs (5 minutes dehors, mini étirements)
– Garder des « horaires sociaux » — planifier des moments avec d’autres, des “rendez-vous” (réels ou virtuels) L’exercice est parmi les stratégies les plus solides pour lutter contre les effets de l’hiver sur l’humeur, via des mécanismes physiologiques (endorphines, modulation des rythmes corporels)

Une routine régulière (appelée « social zeitgeber » dans certaines approches) aide à stabiliser les rythmes biologiques et émotionnels

Mais attention : si les symptômes sont forts, attendre de « retrouver l’énergie » pour bouger est souvent un piège — il faut parfois commencer malgré la faible motivation
Mental, cognitions, émotions – Observer les pensées négatives automatiques (« c’est trop difficile », « je ne vais pas tenir ») et les remettre en question (ex. : “est-ce vraiment toujours vrai ?”)
– Cultiver des activités « à valeur » (ce qui a du sens pour soi) : hobbies, créatif, apprendre quelque chose
– Adopter des pratiques de pleine conscience, de méditation, d’auto-compassion
– Garder un carnet de gratitude ou de petites victoires (ce que j’ai réussi aujourd’hui)
– Se donner le droit de ralentir : accepter que l’hiver est une période « plus douce » plutôt que culpabiliser Ces approches (thérapies cognitives, pleine conscience) sont souvent utilisées en prévention ou en traitement du TAS. Par exemple, certaines études suggèrent que la thérapie cognitive adaptée au TAS peut être utile comme stratégie préventive.

L’auto-compassion est centrale : punir son propre “manque” d’énergie est souvent contre-productif
Relations, liens, stimulation sociale – Prévoir consciemment des interactions (appels, cafés, sorties, même brèves)
– Participer à des groupes (clubs, associations, ateliers)
– Partager son ressenti avec une personne de confiance
– Alterner moments d’isolement (qui peuvent être réparateurs) et moments de contact Le soutien social est un facteur important de protection contre l’isolement émotionnel en hiver.
Même des contacts modestes comptent
Alimentation, sommeil, santé physique – Favoriser une alimentation variée, riche en oméga-3, en fibres, avec des aliments entiers
– Vérifier éventuellement son statut en vitamine D avec un professionnel de santé
– Veiller à un bon sommeil : régularité, environnement propice (obscurité, calme), éviter les écrans avant le coucher
– Limiter les stimulants (café, sucre — qui créent des pics et des baisses) Certaines études suggèrent qu’une carence en vitamine D peut contribuer aux symptômes de l’hiver, en lien avec la lumière réduite

Le sommeil irrégulier est souvent un facteur aggravant dans les troubles de l’humeur
Toutefois, l’alimentation seule n’est pas une solution magique — elle fonctionne mieux quand elle est combinée à d’autres stratégies
Cas où demander de l’aide professionnelle

Si malgré vos efforts, vous observez :

une tristesse persistante la plupart du temps

une perte d’intérêt significative pour des activités qui vous plaisaient

des changements importants de poids ou de sommeil

des difficultés à fonctionner dans votre quotidien

des pensées sombres, suicidaires ou des idées de mort

alors il est important de consulter un professionnel de la santé mentale (psychologue, psychiatre). Le TAS peut être traité efficacement avec :

la luminothérapie encadrée

la psychothérapie (ex. : thérapie cognitive)
-, dans certains cas, les antidépresseurs (selon un diagnostic médical)